J’étais ce mardi 07 avril 2015 à la cérémonie d’hommage à Toussaint Louverture, Place Victor Schoelcher à Massy.

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Mesdames, Messieurs les Elu(e)s,

Mesdames, Messieurs,

Evoquer Toussaint Louverture, c’est rendre hommage à un grand homme, pour la France, pour Haïti, pour l’Humanité.

Plutôt que mes propres mots, permettez-moi d’utiliser ceux d’Aimé Césaire à propos de Toussaint Louverture : « Il y a un bon moyen d’apprécier son rôle, et sa valeur. C’est de lui appliquer le critère cher à Péguy : de mesurer de quel étiage il a fait monter le niveau de son pays, le niveau de conscience de son peuple. On lui avait légué des bandes. Il en avait fait une armée. On lui avait laissé une jacquerie. Il en avait fait une révolution ; une population, il en avait fait un peuple. Une colonie, il en avait fait un état ; mieux, une nation. Qu’on le veuille ou non : tout dans ce pays, converge vers Toussaint, et de nouveau irradie de lui. »

Cet homme, qui nous donna une conscience, une mémoire et un honneur, fut d’abord esclave dans une plantation. Cette époque infâmante fut celle où des hommes cupides et racistes ont organisé que d’autres hommes soient vendus, loués, achetés et exploités comme du bétail, dans des conditions de maltraitance et de déni de l’humanité dont nous devons nous souvenir.

C’est au travers de ce petit homme d’un mètre soixante trois à peine, frêle, fragile, malingre, et même ingrat aux dires des historiens, que la liberté adviendra et que naîtra la Nation haïtienne.

Celui qui avait lui-même était réduit en esclavage finira par rallier les rangs de la République française abolitionniste et, de général de brigade deviendra le personnage le plus puissant de Saint-Domingue.

Jugez de son courage lorsqu’il écrit à Napoléon : « Vous me demandez si je désire de la considération, des honneurs, des richesses. Oui, sans doute : mais je ne veux point les tenir de vous. Ma considération dépend du respect de mes compatriotes, mes honneurs de leur attachement, ma fortune de leur fidélité. »

Bonaparte répondra à cette lettre par l’envoi d’un corps expéditionnaire de plusieurs milliers d’hommes, afin de capturer les chefs noirs, de remettre la main sur Saint-Domingue et de rétablir l’esclavage.

Sa déportation en France et sa mort dans la froide prison de Fort de Joux le 7 avril 1803, ne lui ont pas permis de vivre la proclamation de l’indépendance de son Ile et de son peuple. Lui qui avait su donner vie aux grands principes qui doivent guider les grandes aspirations humaines.

Cette citation de l’Abbé Grégoire aurait pu être sienne : « Les entreprises contre la liberté d’un peuple sont un attentat contre les autres peuples ».

Toussaint Louverture, pétri des idéaux de la Révolution française, a combattu, au péril de sa vie, pour que les droits de l’homme ne soient pas seulement ceux de l’homme européen.

Il a permis, comme l’écrivait le diplomate et écrivain haïtien Hannibal Price, que ce soit « à Haïti que le nègre se fasse homme en brisant ses fers ». Il a fait de ses frères une nation. Il a œuvré, par son courage, à ce que l’humain s’accroisse dans tous les hommes.

Aujourd’hui, il nous faut plus que jamais continuer à porter ces valeurs de dignité, de solidarité et de respect qui ne sont jamais ni un acquis, ni une rente mais une lutte. Et les nombreux évènements récents sont malheureusement là pour nous le rappeler.

Je vous remercie.