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Plus 400 massicois étaient présents le samedi 24 janvier 2015 à l’Opéra de Massy

Retrouvez ci-dessous le discours que j’ai prononcé de ma traditionnelle cérémonie de vœux à l’Opéra de Massy, le 24 janvier 2015 :

Mesdames, Messieurs,

chers amis,

Permettez-moi, tout d’abord, de remercier Samir, Suleiman et Fatma, membres de l’association essonnienne Mille Visages, pour cette introduction pleine d’humour, d’impertinence et de talent.

Merci à vous toutes et tous, Massicois, Essonniens, qui êtes à mes côtés ce soir. Vous êtes chaque année plus nombreux à cette cérémonie de vœux à l’Opéra de Massy, et votre fidélité me touche particulièrement.

Merci, aussi, à tous les élus qui me font l’amitié de partager ce moment :

Jérôme Guedj, président du Conseil général de l’Essonne, à mes côtés depuis tant d’années,

les parlementaires de l’Essonne,

mes collègues conseillers régionaux,

mes amis conseillers généraux,

les maires et conseillers municipaux de nombreuses villes essonniennes ;

et bien sûr, les élus du « Nouveau Souffle pour Massy » au conseil municipal de notre ville : Serge Moronvalle, Anne Guénault-Chevalier, Olivier Roverch’, sans oublier Rino Biancherin qui nous a accompagnés quelques mois.

Ce soir, c’est avec une émotion particulière que je me tiens devant eux, car je sais que leur présence doit bien moins à la courtoisie républicaine qu’à la volonté, je dirais même au besoin d’être ensemble, après le drame qui a frappé notre pays les 7 et 9 janvier derniers.

Oui, être ensemble.

Etre ensemble en mémoire des 17 Français tombés sous les balles du fanatisme et de la barbarie, parce qu’ils incarnaient précisément ce que notre pays a de plus grand :

la liberté d’expression garante de la vitalité démocratique ;

les institutions républicaines et sa devise « Liberté, Egalité, Fraternité » ;

la laïcité, qui garantit à chaque citoyen de pouvoir vivre sa foi de manière libre, digne et sûre ; la laïcité qui respecte et protège également celui qui ne croit pas.

Etre ensemble, aussi, en hommage aux idées et aux valeurs universelles des Lumières, que les terroristes ont voulu abattre, mais qui demeurent le plus puissant rempart à l’obscurantisme qui a nourri leur folie meurtrière.

Etre ensemble, aujourd’hui et ici encore, comme les millions de Français qui ont marché fraternellement pour dire « non » à toutes les formes d’intolérance et d’exclusion ; et pour crier leur conviction que ce qui nous unit est plus fort que ce qui nous sépare.

Après l’horreur, ne tombons pas dans le piège de la division ! Qu’elle était belle, la France, ce dimanche 11 janvier ! Si je n’avais qu’un vœu à formuler pour cette nouvelle année, ce serait celui-là : que nous sachions ensemble rester fidèles à ce message dans chacun de nos propos, de nos actes, de nos projets. Dans nos vies personnelles, et dans nos engagements collectifs.

Après le temps de la stupeur, de la douleur et du recueillement, nous sommes entrés dans le temps de la réflexion, mais surtout – il le faut ! – de l’action. Bien sûr, nous attendons du Chef de l’Etat et du Premier ministre qu’ils posent un diagnostic lucide sur les fractures de notre société ; et qu’ils apportent des réponses efficaces et concrètes, à la hauteur des enjeux et, disons-le clairement, des dangers auxquels cette tragédie nous confronte.

Je tiens à saluer les engagements ont été pris, notamment en matière de sécurité et d’éducation, qui témoignent de l’entière mobilisation du gouvernement et de la Représentation nationale. Je ne suis pas toujours en accord avec leurs décisions, vous le savez, mais je veux affirmer ce soir mon soutien total à l’action responsable qu’ils ont engagée contre combattre le terrorisme et protéger les citoyens français, sans céder à la facilité de la stigmatisation et des clichés.

Ceux qui me connaissent savent que je n’ai pas l’habitude de citer Manuel Valls, mais je dois reconnaître qu’il a rappelé l’essentiel en affirmant : « Je ne veux plus que, dans notre pays, il y ait des Juifs qui puissent avoir peur. Et je ne veux pas qu’il y ait des Musulmans qui aient honte parce que la République elle est fraternelle, elle est généreuse, elle est là pour accueillir chacun ».

Je suis convaincue que cet objectif, qui est aussi pour tous les Français un impératif, c’est bien à chacun de nous – élus, militants, parents, citoyens – qu’il appartient de le faire vivre. Je suis convaincue que c’est à nous, chacun dans notre rôle ou nos fonctions, de porter cette exigence et cette responsabilité.

Parce que l’école est le lieu cardinal de la citoyenneté, les enseignants se sont immédiatement retrouvés aux premiers rangs de ce combat. C’est pourquoi je souhaite rendre hommage à l’intelligence et à la sensibilité avec lesquelles ils ont accompagné leurs élèves durant ces tragiques événements, alors qu’ils étaient eux-mêmes, comme tous les Français, emportés par une émotion et une colère légitimes. Je veux saluer les directeurs d’établissements scolaires de Massy et tout particulièrement les proviseurs de nos trois lycées, qui ont aussi joué un rôle majeur à leurs côtés dans ces douloureux moments.

Je pense aussi aux enseignants qui ont été confrontés aux incidents, rares mais réels, provoqués par les élèves qui ont refusé de s’associer à la minute de silence dans les établissements scolaires. J’ai peu moi-même l’éprouver à l’occasion de quelques malheureux dérapages qui ont eu lieu, aussi, dans les CFA. Nous savons tous ici combien les enseignants ont dû se sentir seuls, voire démunis, face à certains propos.

Ces comportements n’ont évidemment pas leur place dans l’Ecole de la République. Ils doivent être condamnés et sanctionnés. Bien sûr, il ne faut rien céder. Jamais. Mais il faut aussi réfléchir, questionner, débattre, écouter ces jeunes et tenter de comprendre leur vision du monde, si nous voulons les aider à construire d’autres cadres de pensée que ceux des critères communautaires ou des préceptes religieux.

C’est fondamental si nous voulons les convaincre que « l’égalité des chances », tout comme l’égalité des droits, ne sont pas de vains mots ou des slogans périmés.

Si nous voulons ensemble redonner vie à cette promesse républicaine d’une société où chacun puisse trouver sa place, quels que soient ses origines, son lieu de vie, sa couleur de peau ou sa religion.

C’est un défi immense lorsqu’on sait qu’un élève qui appartient à un milieu défavorisé a aujourd’hui moins de chances de réussir qu’il y a 10 ans. Ou lorsqu’on songe qu’un élève issu de l’immigration est deux fois plus exposé qu’un autre à l’échec scolaire. Comment permettre aux jeunes d’avoir encore foi en un avenir commun lorsque l’école se transforme parfois en machine à produire des inégalités et de la différence ?

Les enseignants et la communauté éducative sont aujourd’hui en première ligne de la bataille qu’il faut mener pour inverser durablement cette tendance. Mais je suis convaincue qu’ils ne pourront la gagner seuls. Car c’est aussi, à mes yeux, une responsabilité collective qui appelle l’engagement de tous, partout en France et ici à Massy : les familles, les responsables associatifs, les animateurs, les éducateurs, les acteurs culturels et sportifs, tous ceux qui participent à l’animation de nos quartiers et qui agissent concrètement pour donner sens et réalité au vivre ensemble. Vous êtes nombreux ici ce soir, et je vous en remercie.

Je ne peux évidemment citer tous ceux qui sont présents ce soir, qu’ils m’en excusent, mais permettez-moi de saluer ceux que j’aperçois…

Par votre engagement remarquable, vous êtes tous, vous aussi, sur cette ligne de front d’une co-éducation qui doit permettre à chaque jeune de cultiver l’estime de soi et de trouver le chemin de la réussite.

Eduquer des citoyens éclairés, transmettre des valeurs de respect et de tolérance, développer le sens et la culture civiques, mais aussi dispenser la meilleure formation pour réussir l’entrée sur le marché du travail : c’est bien là cette double exigence qui est devenue, aujourd’hui, une urgence.

Soyez assurés que cette ambition au service de la réussite éducative (dans tous les sens du terme) des élèves, je la porte avec détermination et ferveur au Conseil régional d’Ile-de-France depuis bientôt 5 ans.

C’est le sens de mon engagement dans la lutte contre le décrochage scolaire. Vous le savez, la Région en a fait une de ses priorités, à la fois par ses dispositifs dans les lycées et sa mobilisation en faveur de la formation professionnelle des jeunes, pour permette justement aux élèves les plus en difficultés de « raccrocher ». Car, nous le savons tous, l’éducation n’a de sens que si elle débouche, aussi, sur un emploi, qui est toujours le gage d’une véritable insertion dans la société.

J’ai été heureuse d’y contribuer en présidant Défi-Métiers, l’organisme régional en charge de la formation professionnelle, durant 2 ans et demi. Quand tant de jeunes désespèrent de l’avenir – et je pense tout particulièrement à ceux qui, même après des parcours d’excellence, ne trouvent pas l’emploi qui correspond à leur diplôme –j’ai éprouvé une grande satisfaction à agir concrètement pour les aider à trouver leur voie, et les accompagner efficacement sur le chemin de leur premier emploi.

Je suis très fière aujourd’hui de prolonger aujourd’hui ce travail comme Vice-présidente du Conseil régional en charge de la formation professionnelle, de l’apprentissage, de l’alternance et de l’emploi – une délégation où j’ai succédé à Emmanuel Maurel le mois dernier.

Avec plus de 730 millions euros dédiés à ces actions, je dispose du 3ème budget du Conseil régional, dont la formation et l’emploi sont, vous le savez, le véritable cœur de métier. C’est donc une immense responsabilité que d’assumer aujourd’hui la charge de ce secteur. Une responsabilité qui m’honore mais surtout m’oblige, tant les attentes des Franciliens de tous âges sont grandes, qu’ils soient salariés ou demandeurs d’emploi.

Bien sûr, je continuerai à travailler en étroite coopération avec les missions locales, qui jouent un rôle essentiel, et tout particulièrement avec Vitacité à Massy, dont je salue le Président Régis Roy Chevalier et sa directrice Fabienne Schremmp. Je les remercie pour leur mobilisation, qui permet à la Région de déployer au quotidien, sur notre territoire, ses nombreux dispositifs au bénéfice des jeunes :

l’orientation vers la formation et l’emploi,

les chantiers d’insertion,

le financement du permis de conduire, clé de l’autonomie des jeunes,

les chèques mobilité,

l’accès au logement

et bien sûr l’accès au premier emploi, avec les emplois d’avenir que la Région accompagne en assurant le complément de rémunération au côté de l’Etat pour les jeunes embauchés en CDI.

Et pour conclure ce bilan, permettez-moi de citer l’adoption d’un tarif unique à 70 euros pour le Pass Navigo, qui bénéficiera aussi aux 825.000 jeunes détenteurs de la carte Imagine R, dès l’automne prochain. C’était un engagement de campagne en 2010, nous l’avons respecté.

Redonner aux jeunes confiance en l’avenir, voilà le défi que nous nous attachons chaque jour à relever, en Ile-de-France et tout particulièrement en Essonne, où Jérôme Guedj mène ce combat au quotidien depuis bientôt quatre ans [donner quelques exemples]. A l’aube d’échéances électorales décisives pour l’avenir de notre département, je veux ce soir rendre hommage à son action [préciser ?], et saluer l’esprit de coopération grâce lequel nous avons pu conduire avec succès tant de projets communs à nos deux collectivités. Qu’il en soit chaleureusement, et même fraternellement, remercié.

Mesdames et Messieurs, chers amis,

En réfléchissant à ce que j’allais vous dire ce soir, je me demandais comment vous souhaiter le meilleur pour cette nouvelle année, alors que nous venons de connaître le pire.

Sans doute en nous rappelant que ce drame national a aussi fait surgir des lueurs d’espoir, qu’il faut plus que jamais nourrir et faire grandir.

Je pense évidemment à la naturalisation de Lassana Bathily, dont le cousin Abdoulaye, mon ami, est présent ce soir. Lui donner la nationalité française, après l’héroïsme dont il a fait preuve pendant la prise d’otages à l’Hyper Cacher, est la preuve magnifique que la République est grande et forte lorsqu’elle accueille et intègre ceux qui défendent ses valeurs.

Je pense, aussi, à cette marche historique, à cet élan démocratique, à cette ferveur républicaine qui se sont exprimés le 11 janvier dernier, et qui doivent être le signal d’un sursaut auquel nous sommes désormais tous appelés à donner corps.

Je pense, enfin, à tous les visages d’une jeunesse en laquelle il faut croire. Les visages de Samir, Suleiman, Fatma, qui nous ont montré ce soir qu’à Grigny, contrairement à ce que les médias ont eu tendance à dire ces derniers jours, il n’y a pas que le désespoir qui alimente la haine, mais l’énergie, le talent, la volonté de réussir et de partager.

A Massy aussi, je croise chaque jour des jeunes gens pleins d’énergie qui réussissent leurs études, qui créent des entreprises, qui exercent des responsabilités, qui s’investissement dans la vie locale, culturelle, sportive, et qui sont la preuve vivante que nos villes, nos quartiers, permettent à notre pays d’avancer. Sachons ne pas l’oublier.

Hannah Arendt affirmait : « La vie n’est pas une force pour la violence, mais pour la liberté ». Puissent ces mots nous inspirer et nous guider chaque jour de cette nouvelle année. C’est le vœu que je forme pour 2015, en souhaitant qu’elle apporte à chacune et chacun de vous les bonheurs, les succès, les joies qui font le sens et le sel de la vie.

Belle et heureuse année à toutes et à tous ! Vive la République ! Vive la France !