Retrouvez ci-dessous ma tribune « Agir pour l’emploi durable des jeunes plutôt que les précariser » publié sur LaTribune.fr :

Il faut encourager l’apprentissage plutôt que les stages, c’est ce que fait la région Ile de France, contrairement aux dires des élus de droite.

Par Hella Kribi-Romdhane, vice-présidente (PS) de la Région Île-de-France

La candidate de la droite aux élections régionales franciliennes de décembre prochain a récemment présenté ses propositions pour « améliorer l’insertion professionnelle des jeunes ». Des propositions qui, sous couvert d’aider les jeunes Franciliens à trouver un stage sans avoir recours au « piston », témoignent soit d’une indifférence face à la précarité des jeunes, soit d’une volonté de la droite de faire de l’approximation un thème central de sa campagne.

Politique d’affichage et mirage des stages

« Objectif 100 000 stages, contrats d’apprentissage et d’insertion ». Ce qui frappe d’abord dans le slogan de la candidate de la droite régionale, c’est le fait que contrats d’apprentissage et stages soient confondus dans un même dispositif et dans un même objectif quantitatif.

Les jeunes le savent, si les stages sont souvent une manière de découvrir le monde professionnel et de valider leur cursus, ils ne sont pas la solution pour accéder à l’emploi. Dans bien des secteurs, les très nombreux stagiaires ne sont pas recrutés pour être formés puis embauchés, mais pour constituer une main d’œuvre nombreuse et très bon marché. Faut-il rappeler qu’un stagiaire n’est pas forcément rémunéré en dessous de 2 mois d’activité et qu’au-delà, c’est une indemnité minimum de quelques centaines d’euros que l’entreprise doit lui verser ? De 600 000 stages en 2006 nous sommes passés à 1,6 million aujourd’hui. Ont-ils vraiment permis de résorber le chômage des jeunes ?

Bien que les entreprises soient de plus en plus attentives au respect de la législation sur les stages, les abus demeurent : journées à rallonge, pressions, absence de suivi pédagogique ou de convention de stage, contrats de travail déguisés, … Des pratiques qui tranchent avec le statut, l’accompagnement et le suivi pédagogique propres à l’apprentissage, qui en font LA voix royale vers l’emploi durable (près de ¾ des apprentis trouvent un emploi à l’issue de leur formation).

La priorité : investir dans l’emploi durable

 C’est pourquoi la Région Île-de-France consacre chaque année plus de 350 millions d’euros à une politique d’apprentissage innovante alliant dispositifs financiers, qualité de l’appareil de formation et accompagnement des jeunes. Un engagement qui aura permis de former 500 000 apprentis depuis 2010. Mieux, grâce à la démarche régionale « qualité » expérimentée dans 72 des 176 CFA franciliens, la Région a réussi à faire tomber le taux de rupture de contrats d’apprentissage dans ces établissements à 4,8 % contre 21% à l’échelle nationale.

 L’engagement sur la qualité de l’apprentissage permet d’anticiper les besoins des jeunes en entreprises et répond, in fine, aux attentes des entreprises qui voient dans le jeune recruté un atout. Cette préparation et cet accompagnement des jeunes, c’est ce que nous appelons la méthode proactive.

Elle apporte des solutions au principal frein à l’accès à l’emploi des jeunes invoqué par les chefs d’entreprises que je rencontre : la confiance. Confiance entre les jeunes et le monde de l’entreprise, confiance entre les appareils de formation et les branches professionnelles.

 En plus de ces dispositifs de soutien à l’apprentissage, la Région Île-de-France a fait le choix de financer à hauteur de 20% les emplois d’avenir signés en CDI, tout en assurant la formation des bénéficiaires. La gauche régionale investit dans l’emploi durable des jeunes plutôt que de dépenser de l’argent public pour financer des solutions inefficaces et « précarisantes ».

Les approximations et les incohérences de la droite

 Subordonner les aides aux entreprises à la formation des jeunes est une bonne idée. Elle l’est tellement que de telles incitations existent déjà. Au niveau national, avec l’exonération des cotisations sociales, le crédit d’impôt de 1 600 euros par an et par apprenti pour les petites entreprises, la prime à l’apprentissage, et dès la rentrée prochaine, le coût zéro pour les apprentis de moins de 18 ans dans les TPE. Au niveau régional à travers l’introduction de critères de responsabilité sociale et environnementale et des clauses d’insertion que la Région intègre dans ses marchés publics. C’est le résultat du travail mené dans le cadre des Etats généraux de la conversion écologique et sociale, dits Ecociliens, que la Région a mené depuis 2010.

 La droite prétend vouloir aider les jeunes à trouver du travail ? Pourquoi les Conseils départementaux et les collectivités locales de droite (78, 95, notamment) suppriment-ils les subventions aux missions locales qui sont justement chargées de l’orientation et de l’insertion des jeunes, et qui ont permis à 100 000 d’entre eux de trouver un emploi ou une formation en 2014 ?

La droite francilienne propose de subordonner les aides aux entreprises à la formation de jeunes ? Pourquoi, lors du budget 2015, a-t-elle voté contre un amendement socialiste proposant d’étendre progressivement la « critérisation » écologique et sociale à toutes les aides aux entreprises, dénonçant « le fardeau imposé aux entrepreneurs » ?

La droite francilienne propose que les 900 cadres du Conseil régional accueillent chaque année des apprentis et des stagiaires ? Pourquoi a-t’elle voté contre un vœu du groupe socialiste et républicain demandant le développement de l’apprentissage dans les services de la Région ? C’était il y a 15 jours.

La droite francilienne propose que les offres de stages et de contrats d’apprentissage soient centralisées sur le site de la Région ? C’est déjà le cas pour les contrats d’apprentissage avec la plateforme cfacile.iledefrance.fr.

Si la droite francilienne souhaite vraiment s’engager en faveur de l’insertion professionnelle de TOUS les jeunes d’Île-de-France, elle aura l’occasion de le démontrer vendredi 10 juillet au Conseil régional d’Île-de-France en votant les nombreux dispositifs de soutien à l’insertion des jeunes, notamment les Principes de mises en œuvre du Service Public Francilien de l’Orientation ou encore la Convention Etat-Région sur le décrochage scolaire. Des mesures en faveur de l’emploi des jeunes initiées par la gauche.