J’ai eu le plaisir d’accueillir les écoles de la deuxième chance des franciliens dans l’hémicycle régional.

Tout un symbole que de permettre de se réunir dans ce lieu de démocratie ou siègent habituellement les élus régionaux.

En Île-de-France : 8 écoles de la deuxième chance réparties sur 23 sites agissent au plus près des jeunes éloignés de l’emploi.

Vous trouverez ci-dessous mon allocution :

 

« Au nom du Président Jean-Paul Huchon, je vous souhaite la bienvenue. Bienvenue aux équipes pédagogiques des E2C franciliennes. C’est un plaisir pour moi d’accueillir votre conférence de clôture de l’E2Cycle 2014. Une joie d’avoir facilité ce rassemblement des équipes autour des grandes questions et des pratiques pédagogiques qui fondent votre travail au quotidien.

 

Parce que les questions que vous vous posez sur l’innovation des E2C, sur les atouts qui sont les vôtres dans un contexte de crise et de réforme, et sur ce que vous devriez mettre en place pour vous développer, sont à mes yeux essentielles pour tout réseau, pour tout organisme de formation dont le cœur de métier est l’accompagnement des jeunes adultes en insertion professionnelle.

 

Je suis heureuse que cette réflexion, ce travail se tienne dans cet hémicycle, dans ce lieu de démocratie, où les élus régionaux prennent des décisions importantes qui influencent la vie et l’avenir des Franciliennes et des Franciliens. Je pense tout particulièrement aux compétences dont j’ai la charge : l’orientation, l’insertion, la formation, l’apprentissage et l’emploi. Les décisions que nous prenons ici, dans ces domaines, ont des conséquences sur votre environnement à vous formateurs, pédagogues, sur votre travail. En tout cas, elles les influencent et les influenceront de plus en plus.

 

En effet, comme vous le savez, la nouvelle loi sur la formation professionnelle élargit et renforce les compétences de la Région. Elle va donner plus de poids et une portée plus grande aux décisions des élus régionaux. Elle va impacter également l’appareil de production et donc les métiers et les qualifications des acteurs de votre secteur économique, des professionnels de la formation que vous êtes.

 

C’est donc ici qu’ont été prises les décisions relatives au soutien régional aux écoles de la deuxième chance. Un soutien qui a démarré en 2002, lors de la création de la première E2c en Ile de France, implantée en Seine Saint-Denis. Un soutien qui s’est poursuivi et renforcé aux cours de ces dernières années, et qui a permis au réseau francilien de grandir rapidement, puisqu’il existe depuis 2013, 8 écoles – une par département – se déployant sur 23 sites, et qui accueillent aujourd’hui près de 3200 jeunes par an.

 

Un soutien qui, vous le savez, prend la forme d’un cofinancement pour le fonctionnement des E2c franciliennes, plafonné à hauteur de 30 % du coût de fonctionnement global annuel avec un budget de 6 millions € en 2015. Et comme durant toute la durée de leur parcours, les jeunes bénéficient du statut de stagiaire de la formation professionnelle et sont rémunérés à ce titre, il faut ajouter plus de 4 millions pour la rémunération stagiaire. Vous en conviendrez : plus de 10 millions d’euros chaque pour les écoles de la deuxième chance en IDF, ce n’est pas un choix anodin. C’est un choix politique clair.

 

 

 

 

 

 

 

S’engager auprès des écoles de la deuxième chance, pour l’exécutif régional que je représente, c’est  la reconnaissance d’une efficacité qui ne s’est pas démentie jusqu’à présent, mais c’est avant tout l’affirmation d’une égalité. Une égalité qui reste le meilleur moyen à mes yeux d’assurer la mobilité sociale et une juste représentation de la société.

 

La formation peut aider à rendre cette égalité réelle :

  • Parce qu’elle permet effectivement de rapprocher les barreaux de l’échelle sociale par la mobilité professionnelle et la promotion sociale qu’elle produit.
  • Parce qu’en améliorant le niveau de diplôme et de qualification elle fait échec à la reproduction sociale.
  • Parce qu’en multipliant les opportunités d’apprentissage et de formation, elle offre à celles et ceux qui en ont besoin de meilleures chances de s’en sortir, de rebondir, de ne pas être condamné à être assignés à une place dépendante du parcours scolaire.

 

Et le travail que vous faites, cet accompagnement est la condition sine qua non pour sécuriser les transitions et éviter la montée de la précarisation professionnelle et sociale dont on connait que trop les effets ravageurs : replis individualistes, dépressions individuelles et collectives, comportements transgressifs, fuite dans les extrêmes… A ce titre les terribles évènements que nous venons de vivre doit nous pousser non seulement à nous interroger mais à agir de façon plus efficace auprès d’une jeunesse qui subit de plein fouet les ravages de la crise.

 

Cela doit nous amener, à nous politiques, à nous élus à nous intéresser d’un peu plus près à la question de la pédagogie. C’est une question que nous n’avons pas l’habitude de traiter en matière de politique publique. Par exemple, dans le secteur dont j’ai la charge, et spécialement en formation professionnelle et en apprentissage, nous finançons du fonctionnement, des investissements d’opérateurs de formation sans finalement nous préoccuper des approches et des démarches pédagogiques, de ce qu’elles sous-tendent, de quoi elles sont porteuses, et même de leur efficacité.

 

Pour paraphraser Clémenceau, « la pédagogie est une chose trop grave pour la confier à des formateurs ». J’ai l’impression en effet que nous l’avons laissée aux seuls professionnels de la profession, en pensant que tout irait de soi, que les choses rouleraient.  On a pu nous dire : « ce n’est pas votre problème », « laissez-nous faire ».  Alors que c’est à la fois le cœur du réacteur mais aussi la boite noire.

 

Et pourtant ! Si pour nous politiques, la pédagogie est et reste un angle mort, alors nous continuerons à prendre des décisions en matière de d’orientation, d’insertion et de formation « en méconnaissance de cause ».

 

Si comme l’a dit Aristophane « Former les hommes, ce n’est pas remplir un vase, c’est allumer un feu. », l’étincelle n’est-elle pas l’envie des jeunes des E2c eux-mêmes ? Et donc comment provoque-t-on cette envie d’apprendre, comment entretenir cette flamme ? Peut-on et comment enseigner cette envie, cette motivation ? En tout cas, nous savons  que rien n’est neutre surtout pas la pédagogie, et (avec Philippe Carré, que je salue) que la motivation est le cœur du problème, j’allais dire notamment avec les jeunes que vous accueillez.

 

Avant de conclure, je voudrais vous faire une proposition concrète :

 

En apprentissage, nous avons clairement affiché un choix, un parti pris pédagogique. Que nous assumons pleinement. Il s’agit pour le coup de pédagogie de l’alternance.

 

Ainsi, depuis 2009, le dispositif qualité de l’alternance de la Région Idf a permis d’éviter plus de 6 000 ruptures de contrats grâce à son approche « proactive » (qui consiste à impliquer les jeunes dans les formations académiques et les entreprises par un accompagnement qui exploite pédagogiquement les réponses aux besoins imminents des entreprises).

 

Les études que nous avons menées ont permis de montrer que l’appétence scolaire et culturelle des apprentis était renforcée par la prise en compte initiale de ces besoins imminents.

 

Une alternance qui suppose tout un travail d’individualisation, qui permet de placer le jeune au cœur du dispositif, en resserrant les liens entre l’entreprise et l’équipe pédagogique du centre de formation et tout ce que cela implique. Une alternance qui passe par l’anticipation des activités imminentes. C’est cette anticipation qui garantit cette utilité.

 

On a pu montrer que cette approche dynamisante s’applique aussi à la recherche d’entreprise, à la médiation, au renforcement des compétences clés, à la construction du projet professionnel, etc. Plus les jeunes sentent que la connaissance est utile et qu’ils obtiennent grâce à elle la confiance des entreprises, plus ils accrochent et font lien entre les matières générales et leur travail en entreprise.

 

Je souhaiterais que vous puissiez échanger et travailler avec le service accompagnement de la direction de l’apprentissage qui porte cette approche avec d’autres, je pense notamment aux apprentis de l’ANAF (l’association des apprentis de France) qui l’utilisent avec succès dans la recherche d’un contrat d’apprentissage.

 

Voilà, l’invitation est lancée. Continuons à échanger et travailler ensemble sur la pédagogie, expérimentons, innovons. Parce que dans ce domaine, je ne sais pas si nous avons tout dit, mais c’est clair que nous n’avons pas tout essayé.

 

Je vous souhaite un après-midi de réflexions et de confrontation riches et fructueuses, en espérant qu’elles débouchent sur des projets innovants pour un accompagnement toujours plus pertinent des jeunes pour qui vous travaillez.

 

Merci. »

 

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